La Chasse aux truffes

 
 

La chasse aux truffes, c’est un double projet : un film et une nouvelle. 

Le film se déroule en Ombrie, la nouvelle, en France ou en Belgique. Deux façons de voir la même histoire, les deux faces du miroir.

Le film : La chasse aux truffes telle qu’elle se pratique en Italie, est affaire de secrets, de confiance réciproque aussi. La découverte de ce champignon tout noir, tout fripé devient alors un moment unique pour qui sait le cueillir.  En dégageant la terre et l’humus, apparaît l’histoire simple de deux êtres : un homme, Fred et une femme, Christine. Deux quadragénaires fragiles, qui se rencontrent à un moment difficile de leur vie, quand ils doivent l’un et l’autre faire l’apprentissage de la perte et de la rupture. Cet été-là, chacun a décidé de mettre sa vie en suspension, dans la maison de vacances de Bruno, à Montecastello, en Ombrie…

La nouvelle : La chasse aux truffes : l’art de mettre son nez là où il faut. Bruno vient de se séparer de Christine, laquelle vient cependant passer quelques jours, seule, dans la villa ombrienne de Bruno. 

Charlotte cherche en vain de joindre son frère, Fred, parce que leur père va mourir.

Lequel Fred, meilleur ami de Bruno, se retrouve face à Christine.

Entre interrogations et absences, le récit joue sur les distances et les histoires qu’on se raconte pour échapper au réel.

 

Scénario : Vincent Engel et André Buytaers.

Réalisateur : André Buytaers.

Interprètes : Benoît Verhaert et Catherine Wilkening.

Production : Climax films.

2008

Le DVD et la nouvelle ont été édités par Ker et son disponibles ici.

J’ai été surpris que Charlotte m’appelle. En même temps, à la première sonnerie de mon portable, j’ai pensé à elle. Avant de voir mon écran, sur lequel d’ailleurs ne s’affichait aucun nom. Ce qui, sans doute, a renforcé mon intuition : Charlotte est du genre à préserver farouchement son intimité et sa liberté. Ceux qui connaissent son numéro se comptent sur les doigts d’une main, et je connais les quatre autres ; ils ne la trahiront pas.

Elle voulait savoir si j’avais eu des nouvelles de Fred. Son frère, mon meilleur ami. Elle prétend qu’elle le déteste, j’ai beau jeu d’affirmer que je l’adore, et ce pour une raison identique : nous ne le voyons pour ainsi dire jamais. J’ai répondu à Charlotte que je l’avais eu au téléphone trois semaines auparavant et qu’il était alors perdu quelque part en Nouvelle-Zélande pour une raison pseudo-professionnelle qu’il inventerait dans six mois lorsqu’il aurait mis le pied en Argentine, sans savoir encore pourquoi.

— Tu as toujours couvert ses conneries ! Tu sais très bien pourquoi il est toujours en train de fuir…

J’ai mis sur le compte d’un réseau téléphone défaillant ce que d’autres auraient pris pour de l’agressivité dans la voix de Charlotte.

— Je n’ai rien à couvrir. Je ne suis pas sa mère.

— De grâce, Bruno, ne parle pas de sa mère !

Ma repartie n’avait pas été des plus adroites et Charlotte avait désormais une bonne raison d’être agressive.

— Désolé, repris-je aussitôt, je n’ai jamais été doué pour les dialogues. Mais pourquoi ce souhait de revoir ton frère, alors que vous ne pouvez pas échanger plus de trois phrases sans vous bouffer le nez ?

— Charles va mourir.

— Encore ?

C’était parti tout seul. Charlotte laissa un blanc suffisamment sépulcral pour me le faire regretter et, pire, pour que je redoute qu’elle raccroche. Et même si, trois minutes plus tôt, je ne pensais pas à elle, rien ne me semblait à cet instant plus détestable et plus désespérant que la perspective de voir ce contact rompu.

— C’est vrai que tu n’es pas doué, reprit-elle enfin d’une voix sourde. On croirait entendre Fred.

— Avoue que…

— Je sais. Mais cette fois, c’est vrai. Charles va mourir, Bruno, et son crétin de fils, mon enfoiré de frère, n’est pas là.

 

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